Fantômes du Japon antique

Article

Mark Cartwright
par , traduit par Babeth Étiève-Cartwright
publié le 01 mai 2017

Texte original en Anglais : Ghosts in Ancient Japan

Les fantômes (obake ou yurei) apparaissent dans le folklore et la littérature japonaise antique, habituellement dans les contes moraux conçus pour avertir et divertir mais étaient aussi un élément important du culte des ancêtres. Si les membres défunts d’une famille n’étaient pas honorés en bonne et due forme, ils pouvaient faire des ravages dans le quotidien de ceux qui les avaient oubliés. Il n’y avait pas grand-chose à faire pour éviter les fantômes, les démons et les gobelins, et la seule protection contre le mal était la prière ou la protection des dieux shintoïstes ou de Bouddha. Cependant, ces esprits ne sont pas toujours mauvais et leurs pouvoirs peuvent être annulés ; parfois ils peuvent même être convertis pour faire le bien s’ils sont la cible de sorts et rituels appropriés.

 

Demon Ridge-end Tile, Nara
Demon Ridge-end Tile, Nara
by James Blake Wiener (CC BY-NC-SA)

Origines

La croyance aux fantômes au Japon remonte au peuple indigène Ainu qui considérait les esprits comme une manifestation du mauvais côté d’une personne. Connus sous le nom de takup, ils pouvaient apparaître dans les rêves et transmettre des messages des défunts ou conduire l’individu vers un voyage spirituel. On pensait que si, durant un tel voyage, le dormeur se réveillait avant de 'retourner' à son corps alors il mourrait. 

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La croyance aux esprits ou kami, qui fait partie intégrante de la religion shintoïste, a aussi une longue histoire au Japon. Des éléments naturels importants ou inhabituels tels que les montagnes, les sources et les roches de forme étrange sont considérées comme manifestation d’un kami, souvent même d'un dieu notable. Le bouddhisme aussi, avec sa préoccupation pour l’au-delà, apporta au Japon des histoires de fantômes et de gobelins de Chine, dont beaucoup personnifiaient les tentations et les obstacles pour atteindre l’illumination. Clairement, alors, dans la culture japonaise il existait, et pour beaucoup il existe encore, un monde entièrement distinct de celui des vivants, et les fantômes sont le moyen par lequel ces deux mondes entrent occasionnellement en contact l’un avec l’autre.  

LES FANTÔMES PEUVENT ÊTRE BANNIS OU ÉLIMINÉS PAR DES SORTS ET DES RITUELS EXÉCUTÉS PAR des initiés.

Fantômes des ancêtres 

Dans le Japon de la période antique, on pensait que les individus, après leur mort, se transformaient en esprits, et il était important pour les vivants d’honorer les esprits de leurs ancêtres. Cela pouvait se faire par des prières et de petites offrandes dans un sanctuaire construit à cette fin dans la maison familiale. Si les esprits des ancêtres n’étaient pas ainsi honorés et gardés en mémoire, alors ils pouvaient devenir des 'esprits affamés' ou gaki (également épelé gakki) qui sont perpétuellement affamés et assoiffés, ont d’énormes ventres, et tourmentent les vivants en apportant le mauvais œil et les maladies. En même temps, les ancêtres pouvaient aider à protéger les vivants; les histoires de fantômes de mères décédées qui s’occupaient de leurs enfants encore vivants étaient particulièrement courantes. 

Tengu

Les forêts étaient considérées comme le foyer de gobelins connus sous le nom de tengu qui jetaient des sorts sur ceux qui ne se méfiaient pas. Ils possèdent le corps d’un homme avec des ailes et un bec menaçant sur leur visage rouge.  Les masques tengu sont souvent portés aujourd’hui pendant les festivals shintoïstes quand les individus jouent le rôle de gardien de temple.  Les tengu sont particulièrement enclins à enlever les enfants et à porter les prêtres bouddhistes hors du droit chemin en les détournant de la foi et en les convertissant au shintoïsme. 

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Japanese Tengu Figure
Japanese Tengu Figure
by Wolfgang Michel (CC BY)

Kappa

Même les sources d’eau avaient leur propre élément surnaturel sorte d'esprits des eaux appelés kappa. Ils étaient décrits comme étant des petits lutins enfantins. Ils ont un aspect distinctif étant recouverts d’écailles bleu-vertes et ayant les pieds et les mains palmés.  Plus bizarrement encore, le sommet de leur tête est creux et c'est là qu'ils conservent l’eau essentielle à leur survie quand ils sont éloignés d’une rivière. Mangeant leurs victimes et surtout friands de foie, ils peuvent, au contraire, parfois venir en aide aux passants. La meilleure façon d’éviter tout problème est de saluer le kappa en s'inclinant très bas, il va alors rendre la pareille et ainsi renverser l’eau de sa tête, devenant ainsi trop faible pour faire du mal.

Oni

Oni, ou démons, sont des créatures omniprésentes qui, sans morale aucune, causent des méfaits et des désastres, bien qu'ils puissent être convertis à faire le bien. Le nombre de oni fut considérablement augmenté suite à l’introduction du bouddhisme au Japon à partir du 6e siècle EC. Il y a deux types de oni, ceux qui habitent dans le monde souterrain et ceux qui vivent dans les cieux. Le premier type a généralement un corps rouge ou vert, la tête d’un cheval ou d’un bœuf, et conduit un char enflammé. Leur travail est de descendre les âmes en enfer. Les autres oni n’ont pas de forme physique mais peuvent être entendus quand ils parlent, chantent ou sifflent.  Les oni étaient célèbres pour leur maniement de l’épée, surtout leur roi Sojobo qui forma le célèbre guerrier du X12e siècle EC Minamoto no Yoshitsune dans cet art. 

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Certains oni étaient associés à des maladies spécifiques, certains étaient supposés posséder des animaux qui pouvaient alors prendre possession de personnes (surtout le renard ou le raton laveur), et on croyait que les femmes gouvernées par la jalousie ou sans sentiments étaient transformées en démons.  Les oni et la plupart des autres êtres surnaturels peuvent parfois offrir des cadeaux et enseigner des techniques spécifiques, et ils peuvent aussi être bannis ou éliminés par des sorts et des rituels effectués par des initiés. 

Japanese Oni Figure
Japanese Oni Figure
by Sailko (CC BY)

Guerriers tombés au combat

Un autre groupe de fantômes était celui des guerriers ou même des armées entières tuées au combat. Un tel épisode est la défaite désastreuse du clan Taira et du jeune empereur Antoku à la bataille de Dannoura en 1185 EC pendant la guerre de Genpei. Le fantôme d’un guerrier samouraï serait réapparu sur le site et aurait demandé à un joueur de luth aveugle (biwa) appelé Hoichi de jouer pour lui le Heike Monogatari, qui raconte l’histoire de la bataille. Ce n’est qu’après plusieurs nuits de musique, quand un abbé suivit le luthiste, qu’il découvrit que Hoichi, jouant sous la pluie près d’une pierre commémorative pour les disparus, n’avait, en fait, aucun public.

Personnes maltraitées

Une autre catégorie d’esprits est celle des personnes qui ont subi une sorte d’injustice au cours de leur vie. Peut-être l’exemple le plus célèbre de ces esprits 'agités' est l’érudit Sugawara no Michizane, alias Tenjin (845-903 EC), qui fut maltraité à la cour et exilé. Peu après sa mort, une vague d’incendies et des fléaux dévastateurs frappèrent la capitale impériale, ce que beaucoup prirent pour un signe de vengeance de Tenjin. L’impressionnant sanctuaire de Kitano Temmangu à Kyoto fut construit en 905 EC en son honneur, et Tenjin est devenu le dieu des boursiers et de l’éducation. Cette histoire illustre un thème populaire des fantômes japonais: ils n’étaient pas nécessairement injustement méchants et dans la plupart des cas pouvaient être apaisés si on les honorait de façon appropriée. 

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[vidéo :6-1177]

Autres types de fantômes

Outre les lieux hantés logiques tels que les temples et les cimetières, il y avait plusieurs autres endroits tels que les forêts et les rivières où l’on pouvait avoir la malchance de tomber sur un fantôme malveillant. Les marins du monde entier sont connus pour leurs superstitions, et un type de fantôme au Japon suivait parfois les pêcheurs et les navires en mer. Le fantôme exigeait des marins un seau sans fond, et si on ne lui faisait pas cette offrande, il inondait le bateau. Sur terre, pendant ce temps, on pensait que les esprits de ceux qui étaient morts en montagne hantaient les côteaux et attiraient les grimpeurs vers leur perte. Clairement, pour les anciens Japonais le monde était un endroit potentiellement dangereux avec des goules et des gobelins à chaque coin de rue et vous deviez être assez malin pour vous assurer de ne pas être pris au piège dans leur plan de bouleverser l’ordre naturel de la vie quotidienne.

This content was made possible with generous support from the Great Britain Sasakawa Foundation.

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Traducteur

Babeth Étiève-Cartwright
Babeth is currently teaching English at the British Council, Milan. Fluent in French, English and Italian she has 25 years experience in the field of education. She enjoys travelling and learning about the history and heritage of other cultures.

Auteur

Mark Cartwright
Mark is a history writer based in Italy. His special interests include pottery, architecture, world mythology and discovering the ideas that all civilizations share in common. He holds an MA in Political Philosophy and is the Publishing Director at AHE.